La conversation que l'on remet à demain
Nous avons tous déjà vécu cette situation.
Une remarque qui nous dérange. Un comportement qui crée un malaise. Une collaboration qui devient plus difficile. Une tension qui s’installe progressivement dans une équipe.
Nous savons qu’une conversation serait nécessaire. Pourtant, nous attendons.
Demain. La semaine prochaine. Après les vacances. Quand le bon moment se présentera.
Mais ce fameux « bon moment » arrive rarement et surtout pas de lui-même.
Pendant ce temps, ce qui n’est pas dit continue d’occuper de l’espace. Les interprétations se multiplient. Les frustrations grandissent. La relation s’effrite parfois sans que personne ne comprenne réellement pourquoi.
Dans ma pratique de médiation en milieu de travail, j’observe régulièrement que ce ne sont pas les conversations difficiles qui causent le plus de dommages. Ce sont souvent les conversations qui n’ont jamais eu lieu.
Pourquoi remettons-nous certaines conversations à plus tard?
Éviter une discussion importante n’est généralement pas un signe de mauvaise volonté.
La plupart des gens reportent une conversation parce qu’ils souhaitent préserver la relation, éviter un conflit ou ne pas blesser l’autre personne.
Parmi les raisons les plus fréquentes, on retrouve :
• La peur de créer une confrontation.
• La crainte d’aggraver la situation.
• Le manque de confiance dans sa capacité à communiquer efficacement.
• L’incertitude quant à la réaction de l’autre.
• L’espoir que le problème se règle de lui-même.
Le coût caché des conversations évitées est bien plus élevé que nous le pensons. Oui, au point de vue organisationnel, il y a tous les effets sur la collaboration, le climat de travail, le stress, etc.
Mais au-delà de ces aspects, le coût humain est bien souvent oublié.
La perte d’une amitié, l’isolement, l’accumulation des émotions, le sentiment d’impuissance, l’épuisement mental, etc.
Le courage relationnel n’est pas l’absence de peur. C’est la capacité d’agir malgré l’inconfort. Préserver une relation qui compte.
Comment aborder une conversation difficile de manière constructive avec l’autre.
- Clarifier son intention : quel est le but de la conversation?
- Choisir le bon moment : demandez à la personne, quel est le meilleur moment pour elle.
- Décrire les faits plutôt que les intentions : revenez sur ce qui vous a dérangé, sans accuser, sans blâmer.
- Écouter réellement : portez attention à ce que la personne vous dit, tolérez le silence.
- Accepter une certaine dose d’inconfort : surtout si c’est votre première conversation de ce genre.
Mon truc : call la shot!
Le meilleur truc que je donne à ceux que je rencontre est le suivant : dites d’entrée de jeux que vous êtes inconfortable et qu’il est possible que ça ne sorte pas bien. C’est ce que j’appelle ‘’call la shot!’’.
Ex : ‘’J’aimerais avoir une discussion avec toi, je ne suis pas super à l’aise et je ne sais pas comment ça va sortir et je ne veux pas être blessante. J’aimerais qu’on prenne un temps ensemble parce que c’est important pour moi de corriger la situation et de comprendre.’’
Une fois avisée, la personne prendra une certaine distance face au propos, ne se sentira pas insultée et tentera de mieux comprendre ce que vous voulez dire. Qui sait si ce n’est pas la conversation que vous remettez à demain qui vous permettrait d’avancer?
Besoin d’accompagnement pour gérer un conflit ou prévenir l’escalade des tensions?
J’accompagne les gestionnaires, les équipes et les organisations dans la prévention des conflits, la médiation en milieu de travail, l’amélioration des communications et le développement du courage relationnel.
